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« Je suis venu te dire que je m'en vais... »


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#1 éternité

éternité

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Posté 11 novembre 2017 - 15:22

reçu en mp après cette énième terrible nouvelle apprise ce matin...

 

https://actu17.fr/pa...s-de-vincennes/

 

Certains auront lancé, à la lecture de ce titre accrocheur, un « oh non ! »... d'autres un « ah, enfin », d'autres encore un « oula... il se cache quoi encore là-dessous »...

Ce soir, pas d'histoires Winesques... pas de récit palpitant … pas de chocolat chaud, calé sous un plaid, se laissant abandonner au doux crépitement d'une cheminée ancienne.

Pas plus de réflexions philosophiques d'un autre temps, de sujets inabordables ou de questions existentielles... rien de tout çà... quoique.

Ce soir, je me suis posé cette question tragique : combien des nôtres sont partis cette semaine ?
Cette question inhabituelle n'est pas le fruit du hasard. Elle découle naturellement, oserais-je dire, de ce que j'ai pu lire, apprendre, entendre ici et là.

Je vous prie, par avance, de bien vouloir ne pas me tenir rigueur de certains mots, phrases ou tournures qui pourraient être choquantes : ce sera voulu. Il y a ces moments ou prendre des gants ne sert plus à rien dès lors que l'esprit est en feu.

Combien d'entre nous vont aller jusqu'à ce geste ultime sans que l'on soit en mesure d'en prendre une réelle conscience ?
Combien de fois va-t-on encore lire que le malheureux a mis fin à ses jours pour des raisons personnelles ?
Combien d'hommes et de femmes va-t-on perdre encore parce que nous n'avons peut-être pas su les écouter ou être seulement présents ?
Combien d'entre nous vont, à jamais, culpabiliser à la suite d'une disparition tragique ?
Combien de fois allons-nous nous demander pourquoi ?

Sommes-nous en mesure, actuellement, de venir en aide à ceux qui offrent la leur journellement ?

On dit souvent que les cordonniers sont les plus mal chaussés, certes, mais ils ont toujours moyens de changer de modèles... et nous, en cas de détresse, qui est là ?

A cette question difficile, ce n'est plus un parapluie qu'il se faudrait d'ouvrir mais un parasol...
Il serait, par ailleurs, hasardeux de ne se focaliser que sur les moyens médicaux mis à notre disposition : médecin, psy, j'en passe et des pires. Je ne me hasarderais pas sur ces « gens » parce que mon historique de carrière ne serait pas en phase avec ma pensée.

Je dois le reconnaître : je suis démuni face à ce que j'appelle aujourd'hui, comme je le faisais hier, une hécatombe.

Aujourd'hui, la « Grande Muette » parle, fait part de ses pertes mais ne reconnaît pas encore des erreurs qui peuvent être commises et qui ont, malheureusement, coûté la vie de tant des siens.

Je parle, bien sur, de mon institution car c'est encore celle que je connais le mieux mais je n'oublies pas toutes les autres corporations. Je n'ai pas connaissance d'un seul métier dans lequel il n'y ait eu de pertes qui ne soient pas dues qu'au fruit du hasard.

Nous, les Bleus... comment pouvons-nous encore, aujourd’hui, en voyant nos camarades mettre fin à leurs jours, nous regarder dignement dans une glace en se disant que la raison nous est étrangère ?
N'avons-nous jamais vu un camarade dans la détresse sans pour autant le faire savoir ? N'avons-nous jamais hésité à le faire sous le sacro-saint prétexte que, finalement, c'est sa vie privée ?

Comment, sans avoir agi, nous pourrons encore regarder cette femme, ces enfants, cette immense détresse dans leurs yeux, cette haine même, parfois...

Doit-on encore se retrancher derrière la fameuse phrase « il avait des problèmes personnels » sans oser un jour balancer, et je dis bien balancer, un « oui mais pas que » ?

Quand allons-nous enfin franchir le cap de cette hypocrisie habilement orchestrée ?
Quand allons-nous enfin reconnaître que les problèmes personnelle peuvent découler de problèmes professionnels... et vice et versa.

Combien de fois allons-nous devoir cliquer sur cet émote « triste » juste pour, finalement, dire qu'on a fait quelque chose ?
Combien de textes de condoléances vais-je encore devoir rédiger ?

Je n'ai pas de solution, je n'ai que mon vécu, trop souvent parsemé de noir.

Bien sur que je suis révolté à chaque disparition.
Bien sur que la perte d'un des miens est une tragédie.
Bien sur que je voudrais ne plus voir mes camarades tomber ici ou là.
Mais je serai le dernier des cons à me dire que je ne peux rien faire, que ce n'est pas de mon niveau, que d'autres sont payés pour penser à ce genre de « problématiques »... et pourtant.

Solution de facilité que de se dire que « d'autres » pensent pour nous.

J'ai vécu la mort d'un de mes camarades durant ma formation.
J'ai vu sa mort de près, de très près.
J'ai vu tous ces gens venus pour l'accompagner lors de son dernier voyage.
J'ai vu mes camarades, debout, pendant des heures, à côté de ce cercueil couvert du drapeau tricolore.
J'ai vu le regard de cette maman qui me fixait droit dans les yeux et qui m'a dit : « je vous souhaite tout le courage possible ».

Le jour ou il est mort, ma vie ne s'est pas arrêtée, la sienne oui.
Il ne se passe pas une seule semaine sans que quelque chose ne me fasse penser à lui et pourtant, c'était en 1993...

Je me dis que nous avons raté un moment, un seul, celui ou, égoïstement peut-être, nous avons géré « notre »journée sans avoir pris le temps d'écouter le drame que fut la sienne.

On dit souvent qu'il ne faut pas passer à côté des choses simples.

On croit trop souvent être les meilleurs parce que ces problèmes là font partie d'une forme de routine quotidienne... et tout le monde le sait : c'est la routine qui tue.

Je l'ai dit, je le dis, et je le dirai encore demain : ne laissez jamais personne au bord du chemin... et même si votre journée a été chiante au possible, prenez le temps d'écouter si le besoin de l'autre est là.

 

On ne regrette que les choses que l'on n'a pas faites...






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