Posté 21 décembre 2007 - 00:10
Salut Seb,
je viens de recevoir un mail d'Henri informant tout le monde de l'ouverture de ce forum dedié à ta mémoire.
Samedi 15, comme convenu, je suis allé chez Pascal l'aider à démenager, j'arrivais chez lui, j'écoutais bob sinclar un peu à fond dans la voiture et j'ai vu la tronche à Pascal, je mettais ca sur le compte du déménagement, de la fatigue et aussi le fait de laisser une partie de sa vie en quittant sa maison avant de partir sur Marseille, laissant derrière lui 11 ans de bons et mauvais souvenir dans le 77, à la CDI. Lui et moi étions de la même promo, même école, on est arrivé et on a galeré ensemble au début puis 6 ans dans la même brigade, tu sais la meilleure lol, la A, 2ème section alors imagine que je gambergeais aussi sur ces années dans un service que je n'ai pas quitté à contre coeur bien au contraire mais pour faire ce dont j'avais toujours voulu faire en Police, de l'investigation sinon, tu penses bien que je n'aurais pas quitté un des meilleurs services du 77, de toute façon les meilleurs services sont au SOP quoi qu'on en dise.
Je mets pieds à terre, et pascal sur un ton grave que je ne lui avais jamais connu en 12 ans me demande si je suis au courant de la terrible nouvelle. quelle terrible nouvelle ? tout de suite, je pense à un collègue decedé dans un AVP, pas sur une intervention car je l'aurais vu aux infos du matin bien qu'hélas Pascal, moi et tant d'autres collègues aient enterrés un collègue decedé en service comme Wilfrid BOURDON en janvier 98, un gars en or encore, qui était de ma section à marseille et avec qui on faisait encore la bringue quand on était de jeunes célibataires fraichement debarqués sur paname et sa région. Lui non plus je ne l'ai jamais oublié, il avait 22 ans et sa concubine était enceinte, décidemment, le sort semble s'acharner....
Pascal m'annonce la mauvaise nouvelle, terrible, injuste, incrompéhensible, froide comme le temps qui règne dehors. Il m'explique ce qu'il sait, nous nous interrogeons sur le pourquoi, le comment, toi qui était une force de la nature, un homme sain, on cherche un coupable, un responsable, à quoi bon !. Je te revois à meaux il y a quelques semaines, tu sors de voir le médecin pour ta reprise, comme à ton habitude, toujours la bonne humeur, tu viens me voir, on discute le bout de gras, tu me dis que tu es content de reprendre, que c'était long. Ce fut la dernière fois où je t'ai vu rire et parler avec ton accent du doubs !
Fait toujours aussi froid devant chez Pascal, le grand sylvain arrive suivit de près par Eric puis Mike qui nous fait sourire dans son jogging plein de peinture et de plâtre genre bricoleur du dimanche ! Il ne manque que Benoit, tout le monde sait qu'il a du faire un peu la chouille hier donc il arrivera plus tard.
Rebelote, on parle de toi, je les entends se remémorer les souvenris du temps passer avec toi, sous tes "ordres", temps que je n'ai pas connu, ils me donneraient presque envie de redemander la CDI où j'ai tant de souvenirs aussi. On essaie à nouveau de comprendre comment tout cela à pu se produire puis petit à petit, après un petit café préparer par Laurie, on commence le déménagement, comme souvent on l'entend dire, la vie continue...
Puis, les telephones se mettent à sonner, chacun de tes gars viens aux nouvelles, ils ont l'air perdus pour certains, tous sont prêts à faire tout ce qu'ils peuvent pour toi et Karine. le SOP EM Melun en prend pour son grade, ils ont interêts à assurer pour tes obsèques parce que de toute façon la CDI Nord, les deux sections "rebelles" comme tout service départemental nord va prendre les choses en mains, de toute façon, le SOP Melun n'a pas le choix. La journée défile avec son lot d'appels telephoniques, tout le monde veut savoir où et quand venir saluer ta mémoire, on en oublie même de fêter l'anniversaire de Laurie, c'est la petite Anna qui nous le rappel pendant que nous mangeons un morceau non sans avoir trinquer un verre à ta mémoire.
Dimanche soir, je recois un mail d'Henri informant tout le monde qu'un livre d'or serait ouvert pour toi à la CDI. Henri il assure grave, le lundi je me rends à la CDI pour mettre un petit mot, quelques phrases murement reflechis le dimanche soir et impossible à retranscrire le lundi matin sur ce satané registre, l'émotion peut être.
Je revois Fredo, flo, benoit et les autres, tout le monde s'active pour préparer au mieux ce triste lendemain. Franck S et Vincent K aussi sont là, encore d'anciens CDI qui ont choisis d'autres services non pas par dépit mais pour voir autres choses. Nous organisons notre voyage en voiture pour le lendemain, Fredo s'active toujours au telephone pour le reste de la CDI nord épaulé par tout ceux qui sont venus ce jour là.
Mardi matin, rendez vous à 09h15 au CP Chessy, la journée commence mal, Vincent a crevé le pneu arrière de son espace. Olivier s'echine à essayer de changer cette satanée roue solidement fixée à une bagnole de deux tonnes maintenue au sol par cette attraction terrestre avec un pauvre cric en aluminium digne d'une lada des années 80. Il y arrivera avec obstination et pascal en un coup de fil nous trouvera le bon garage qui reparera cette roue avec une mèche, nous retardant de 3/4 d'heures. le bus est déjà parti, à neuf heures, complet.
Henri, Estelle, Olivier et sa copine partent en avance sur nous, personne ne veut être en retard pour ton dernier voyage, toi qui a tant fait pour cette CDI qur parfois on maudit mais qu'au fond on aime comme une femme.
C'est parti pour Besancon, 450 kms au moins, Alban et Laurent L sont du voyage avec vincent, pascal et moi. c'est parti pour 4 heures d'anecdotes sur toi, la CDI, le best of des gaffes et des aventures d'Henri à la CDI, de tes predecesseurs et de nos anciens chefs. le bon temps quoi !
On retrouve les collègues qui ont pris le bus affreté par la DDSP sur une aire de repos à LANGRES. Après avoir essayé de saluer tout le monde sans oublier personne, nous nous retrouvons autour d'un pauvre sandwich SODEBO et d'une bouteille d'eau au prix d'un repas. Je vois tout ceux qui ont tenus à t'accompagner, les moniteurs APP, quelques "cousins" de Chessy, la CDI sud, mes collègues de la BSD et puis d'autres encore, des anciens de la CDI comme moi qui t'ont connus, la BAC dep et d'autres encore.
14h30, nous arrivons au funérarium, une "delegation" de la CDI est dejà présente pour voir la configuration des lieux et organisés au mieux l'arrivée des troupes. Il y a des anciens et des "bébés" flics mais tous animés de la foi que tu avais en ton métier de policer.
Nous ne savons pas quoi faire et restons immobiles dans le froid quand tes parents se présentent à nous, très dignes mais le regard perdu. Qui oserais imaginer un jour enterrer l'un de ses enfants ! Ton père nous remercie de la présence de tous, ta mère s'enquiert de notre voyage, nous leur présentons nos condoléances et les assurons que le trajet n'est rien, ils s'inquietent plus de nous tous que d'eux mêmes. Karine arrive et chacun de tes hommes la reconforte, nul besoin d'écrire dans quels états elle était et quelle courage elle avait.
Puis soudain, des motos serigraphiées passent dans la rue escortant le bus du SOP, des collègues de ton père arrivent également. Chacun de nous se félicite des honneurs qui te sont faits par la DDSP 25 et de l'organisation qui a été mise en place pour toi.
Puis hésitant, après avoir attendu que ta famille se soit recueillis auprès de toi et après avoir été invité par ton père qui avec ses grandes moustaches me donne l'image d'un vieux commandant débonnaire un peu papa poule, nous nous mettons en file indienne pour venir te voir une dernière fois et honorer ta mémoire. Nous cotoyons souvent la mort dans notre profession mais elle touche plus ou moins notre sensibilté car nous ne connaissions pas cette personne, nous en avons même rit parfois, sûrement pour dédramatiser la situation, parfois se donner un air plus fort vis à vis des autres ou tout simplement pour destresser face à ce corps.
Là, rien de tout cela, comme beaucoup d'autres je retiens mes larmes en te voyant dans cette chambre funéraire, allongé avec quelques objets personnels retracant les moments forts de ta vie, celle que tu a vécu à 200 à l'heure.
Certains craquent, les yeux rougis de pleurs et restent pour remplis le registre de condoléance ou alors sortent précipitamment dehors, point de honte en cela bien au contraire, une gigantesque émotion flottait autour de toi.
Ton homologue du sud organise une haie d'honneur avec les collègues en tenue MO, celle que tu aimais tant, celle que porte tes gars que tu aimais tant comme l'a dit Karine en voyant les collègues devant le funérarium.
Henri et trois autres collègues portent ta dépouille, tout le monde te saluant à ton passage. tous sont là pour toi, aucun n'est venu forcé et contraint, volontaire designé d'office comme on dit dans notre jargon de flic.
Nous te suivons pour ton dernier voyage. beaucoup de monde tout autour de ce foutu crématorium, des fleurs partout, des "huiles" de la DDSP 77, DDSP 25 et même des officiers supérieurs de la gendarmerie sont présents. D'autres collègues de la CDI sont là, en haie d'honneur, ta hierarchie aussi, certains qui te reporchaient pas mal de choses vis à vis de notre corps de CEA sont là, à te saluer, leur présence en gêne certains, entre nousd on dit qu'ils n'ont pas de face d'être là mais ils ne pouvaient pas ne pas être là.
J'ai revu daoud qui est venu de strasbourg, jean luc et d'autres qui ont quittés le département qui sont venus aussi pour toi, on se promet de se retrouver tous ensemble mais dans d'autres circonstances.
le DDSP adjoint prend la parole, fait ton éloge d'une manière un peu administrative, la patronne du SOP à son tour la prend, émue elle aussi mais hélas trop mal entourée de carrieriste puis Gérard.
Gérard, quel discours, quel talent d'orateur, il a sur te décrire parfaitement, narrer des anecdotes et des petites phrases que tu utilisais, on vous imaginait vivre ce que gérard racontait. Puis Gérard à osé ! il a osé dire ce que tout le monde pense, mettre un coup de pieds dans la fourmillière mais avec une telle qualité de rédaction que certains je l'espère on pris un peu de jugeottes sur leur façon de diriger des flics, des êtres humains.
Puis karine, brièvement t'a rappelé si il en était besoin, comment elle t'aime, comment elle vous aimait et d'autres choses encore qu'il n'est nul besoin d'écrire
Ton père enfin a pris la parole, brièvement, sobrement, nous remerciant encore de notre présence à tous puis nous avons fait une minute de silence avant de tous revenir près de ta dépouille, dire une parole, faire un geste que notre coeur nous guidait. j'ai vu déposer chaque écusson des unités sur ton cercueil montrant combien tu as comptés pour eux et établissant entre eux et toi un lien très fort, eternel.
Puis il était temps pour nous de te quitter dans le silence, de te laisser peut être un peu d'intimité avec ta famille.
Voilà, Seb, après avoir lu les posts laissés en ta mémoire que j'ai voulu à ma façon te rendre hommage en t'écrivant cette satanée journée, telle que je l'ai vécu.
Tu as su soudé cette CDI, là elle sera encore plus forte à l'avenir, je souhaite également que la futur salle de la CDI dans nos nouveaux locaux portera une plaque à ton nom.
les gars auront du mal à remonter la pente, mais avec le mental que tu avais et cette puissance de vie que tu leur a fait passer, ils sortiront vite la tête de l'eau sans jamais t'oublier et cela leur donnera encore plus l'envie de faire de belles affaires pour que tu continues à être fiers d'eux.
Salut l'ami
Yannick
En route pour de nouvelles aventures !